L’aboulie

L’aboulie

La réalisation du désir reste lettre morte. Le « vouloir » ne se déclenche pas ; l’inertie l’emporte. Puis apparaît un autre désir. Puis un autre encore. C’est une véritable pluie de désirs. « … Je ferai ceci tout à l’heure… je ferai cela demain… » Et cependant, ni tout à l’heure, ni demain, la volonté ne se met en branle pour réaliser l’idée.

On assiste à une véritable dispersion de la volonté qui se fragmente en de nombreux morceaux. Mais chacun de ces morceaux demeure insuffisant pour réaliser l’action… Il se peut que l’aboulie soit légère. Dans ce cas, l’action sera tout de même réalisée par la volonté. Mais l’activité sera lente, pénible, avec efforts épuisants.

De plus, l’action manquera de durée, de « souffle ». L’envergure fera défaut, ainsi que la persévérance. L’aboulique léger accomplira donc toute une série de petites actions dispersées, parce qu’il est incapable de l’aisance demandée par une action prolongée. Dans les formes les plus graves, des actions élémentaires deviennent impossibles. Toute activité est abandonnée.

Que disent ces abouliques ?

«…Je suis incapable de prendre les poussières ; je le désire pourtant ; je suis honteuse devant mon mari qui pourtant me comprend ; mais j’en suis incapable ; soulever un torchon est pour moi une action au-dessus de mes forces… …je devrais faire les repas pour mon mari, et je n’y parviens pas ; je me disperse en des centaines de petites idées ; mais quand je dois les rassembler, c’en est trop, et j’abandonne tout ; je suis tellement découragée… je me sens incapable de faire le plus petit compte de ménage ; je laisse tout aller ; je me sens triste à mourir… »

« …Je suis toujours indécis et hésitant ; il me faut une heure pour acheter un crayon ; je doute, et je me rends parfaitement compte que je suis maniaque ; mais il m’est impossible de faire autrement ; au bout d’un certain temps, je sens comme une crise de rage contre moi ; je sens aussi un tremblement qui monte ; alors, j’abandonne tout et je m’enfuis sous un prétexte quelconque ; sinon, d’exaspération, je serais capable de gifler ou d’insulter n’importe qui… » « … Je vérifie dix fois le robinet du gaz avant de me coucher, puis je me relève pour vérifier encore. Puis je me recouche. Je sais l’avoir fermé… mais je me relève encore. Cela m’épuise ».

Tout ceci reste dans le domaine de la dépression « normale »… si l’on peut dire, mais dans les cas plus graves encore, l’activité est absolument arrêtée. Le déprimé se confine au lit, avec tout un cortège de sentiments psychologiques qui le font souffrir, souvent atrocement.

Pourquoi ? Parce que, dans la dépression, tous les phénomènes sont ressentis consciemment par le malade. Donc, conscient de cette impossibilité de vouloir, le déprimé se trouve face à son entourage. Qui comprend.. ou ne comprend pas.

La deuxième possibilité est, évidemment, la plus fréquente. De là à l’accuser de «paresse », de « fainéantise », de « mauvaise volonté », il n’y a qu’un pas. On l’accuse aussi de « manquer de volonté ». Alors que c’est justement la conséquence de sa maladie!

Quel est le traitement de l’aboulie ?

L’aboulie est un symptômes de dépression. Elle n’est pas la dépression elle-même. Disparaisse la dépression, et l’aboulie fera de même. Sachons toutefois une chose, et répétons le mot célèbre : « Il n’y a pas de paresseux; il n’y a que des malades. »

Ce qui est profondément vrai. La fonction humaine est agir et vouloir. Parce que les muscles commandent l’action; et que le système nerveux déclenche automatiquement le vouloir. Encore faut-il que l’un et l’autre soient en bon état.

Dès qu’une personne (qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un adulte) est « paresseux », la cause doit être recherchée immédiatement. Cette paresse est le symptôme, soit d’une déficience physique ou nerveuse, soit d’une souffrance psychologique pouvant provenir de multiples sources.

Redonner la volonté et l’action revient à dire : donner un nouvel équilibre.

LA REDACTION

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