Comment développer l’intelligence émotionnelle de votre enfant ?

Comment développer l’intelligence émotionnelle de votre enfant ?

Il n’y a pas d’intelligence sans intelligence émotionnelle, assure Philippe Grimbert. On pense souvent que l’émotion aveugle et déforme notre perception de la réalité. Pourtant, lorsqu’on la reconnaît, lorsqu’on en tient compte, elle aide à mieux se comprendre et à mieux comprendre l’autre.

Donc à mieux réagir. Nécessaire à la relation, celle que l’on entretient avec soi d’abord, mais aussi celle que l’on tisse avec son entourage. Elle permet d’éviter les réactions défensives. Cela invite à penser, à faire la part des choses. Car ce que l’on ne reconnaît pas en soi, on le projette sur l’autre, dans une forme d’économie psychique.

Le regard que l’on porte sur soi, sur l’autre, sur le monde qui nous entoure devient plus juste. Respect, écoute, curiosité… « C’est ainsi que l’on s’ouvre, que l’on s’enrichit, poursuit les psychanalystes. L’intérêt pour l’art par exemple est avant tout émotionnel. » Il s’agit donc d’une capacité clé pour une vie réussie.

Celui qui ne ressent pas de jalousie peut manquer d’élan, de désir. L’absence de sentiment de honte peut conduire à une forme de perversité. » Conclusion : sans émotion, point de salut. Sauf que… « Si tout le monde ressent des émotions, tout le monde n’a pas développé son intelligence émotionnelle. Elle est du domaine de l’acquis. D’où le rôle fondamental des parents », note Philippe Grimbert

Acceptez les états d’âme de l’enfant

Malheureusement, notre premier mouvement est souvent de stopper net l’expression de ce qui est socialement considéré comme négatif. D’autant plus lorsque, en miroir, les émotions de l’enfant font émerger les nôtres. Nous sommes nombreux à minimiser la situation (« ce n’est rien »), à la nier (« n’aie pas peur »), à moquer gentiment (« à ton âge, tout de même… ») ou à moraliser (« tu devrais avoir honte, la jalousie est un vilain défaut »).

Pour Philippe Grimbert, nous avons tout faux : « Ces mots, mais aussi notre regard, notre posture, le ton de la voix disent exactement le contraire de ce que vit l’enfant. Ce qui sème la confusion en lui et ne peut donc l’apaiser. » Évitons de porter des jugements et de chercher tout de suite des solutions – essentiellement pour qu’il arrête de faire la tête…

Faites preuve de recul et d’empathie

Mieux vaut, dans un premier temps, prendre du recul en gardant à l’esprit que lorsque l’enfant pleure ou hurle, c’est de sa tristesse et de sa colère qu’il s’agit, pas des nôtres. Philippe Grimbert conseille de faire preuve d’empathie en s’interrogeant – que ressent-il et pourquoi ? –, et en essayant de s’éloigner des règles de bienséance et de bonne conduite : « Il les apprendra dans d’autres circonstances, au fil de ses expériences. »

Prenons au sérieux son problème et montrons-lui qu’on le comprend, qu’on entend sa tristesse ou sa colère. « C’est ainsi que lui-même pourra les considérer comme naturelles et utiles. Et non inappropriées et mauvaises. »

Nommez l’émotion

« L’enfant n’a pas les mots pour expliquer ce qui le traverse, bien souvent il n’a pas même l’explication de ce qui le bouleverse, poursuivent les psychanalystes. D’où Des manifestations physiques éloquentes pour dire l’indicible. » C’est alors au parent de prendre la parole, très simplement : « Je vois que tu es très triste. »

Identifier et nommer l’émotion permet de la réintroduire dans le langage, dans le social. Cela donne du sens, donc apaise. C’est aussi le meilleur moyen d’initier l’enfant à l’apprentissage de la grammaire émotionnelle. Et il n’y a pas d’âge pour commencer.

« Avant même que l’enfant n’apprenne à parler ! Sans bêtifier comme nous avons tendance à le faire, mais en lui adressant des paroles vraies, justes, sincères. Il ne faut pas hésiter non plus à nommer les émotions des autres, les nôtres biens évidemment, mais aussi celles des autres enfants, notamment dans la fratrie, haut lieu émotionnel. » C’est ainsi que chacun apprend à reconnaître et à composer avec ce qui nous bouleverse tous.

Expliquez ce qui se passe en lui

Tâchez de lui décrire ce qu’il ressent avec des mots simples, adaptés en fonction de son âge et de sa maturité, pour qu’il puisse mettre cette expérience à profit.

– La colère : « C’est une émotion normale et nécessaire que l’on ressent devant une injustice ou une agression. Quand c’est une colère pour de bonnes raisons, elle te permet d’évacuer ce que tu ressens. »

– L’ennui : « Tu te sens vide et sans envie même si tu es entouré. Mais l’ennui n’est pas l’ennemi, il te permet d’apprendre à t’occuper de toi et à faire fonctionner ton imagination. »

– La déception : « Comment ne pas être déçu quand on attend quelque chose qui ne se produit pas ? Cela prouve que tu as des désirs et des espoirs, même si la vie ne va pas toujours dans le sens que tu souhaites. »

– L’impatience : « Elle montre que tu as l’appétit de vivre ! Mais le plaisir, c’est aussi l’attente du plaisir. »

– La honte : « C’est comme un signal, un guide de savoir-vivre qui t’empêche de faire quelque chose de mal ou de sale, qui te ferait rejeter par les autres. »

– La tristesse : « Il est normal que tu sois triste devant certaines situations douloureuses. Mais ça peut te donner envie de faire un dessin, d’écrire une poésie, de chanter. Ça peut te rendre artiste. »

– La jalousie : « La jalousie est naturelle, elle montre simplement que tu as besoin d’être aimé, comme nous tous ! Elle te donne envie de faire des efforts pour obtenir la même chose que ton copain. »

– La peur : « La peur est une réaction de ton esprit et de ton corps que tu ressens face à un danger. Elle te protège. Elle peut aussi te donner la force dont tu as besoin pour faire face au danger. »

Aidez-le à composer avec ce qui le bouleverse

Enfin, pour l’aider à traverser cet épisode houleux, il faut poursuivre la conversation. « Parler en famille peut résoudre bien des problèmes. Invitons l’enfant à dire ce qu’il ressent, ce qu’il pense, ce qu’il éprouve dans son corps. Nous pouvons aussi évoquer nos peurs ou nos colères d’antan, quand nous avions son âge. »

Mais que faire quand les émotions sont trop fortes ou trop fréquentes, quand l’enfant sombre dans l’angoisse (trop peur), le ressentiment (trop en colère) ou la déprime (trop triste) ?

Là encore, engageons le dialogue. Posons des questions, proposons des explications, réfléchissons à ce qui s’est passé dans sa vie, un déménagement, un deuil… Et si les débordements émotionnels continuent, il ne faut surtout pas hésiter à faire appel à un thérapeute, qui saura aider l’enfant à exprimer ce qui est trop douloureux.

Vous avez des questions sur les émotions des enfants, et vous souhaitez en savoir plus ? Posez votre question sur notre section « Questions » . Vous pouvez également demander une consultation gratuite auprès de votre magazine africain de psychologie pour être accompagné dans ce sens. Et n’oubliez pas de commenter l’article pour expliquer votre point de vue sur le sujet, que vous viviez cette situation de près ou de loin.

Références

  1. Daniel Goleman, auteur notamment de L’Intelligence émotionnelle
  2. Psychologies

LA REDACTION

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